Actualité

Les Accords de libre-échange... tout le monde connait ça

Les Accords de libre-échange, tout le monde connait ça. On connait tous l’ALENA (NAFTA), un peu moins bien son successeur, l’ACEUM (CUSMA/USMCA/TMEC), en partie à cause de ses noms multiples, qui sèment un peu la confusion, alors que l’ACEUM est essentiellement un copié-collé de l’ALENA. En plus, c’est comme le Détroit d’Ormuz: avec toutes les déclarations intempestives et parfois contradictoires du côté Américain, on ne sait plus s’il est ouvert, ou fermé ! Ou peut-être les deux ?

L’ACEUM est en vigueur jusqu’en 2036, sauf retournement de situation, avec des révisions annuelles, mais certains produits en sont exclus, ou disont plutôt, paient des droits de douane malgré tout : potasse, acier, aluminium, automobile, bois, certains meubles, et ça peut changer à tout moment. C’est la nouvelle “normalité”, érigée en politique économique chez nos voisins du Sud : marche avant ou marche arrière, tout est possible, à tout moment !

Et puis il y a l’Europe ! Mais l’Europe, c’est loin et c’est très diversifié : 24 langues officielles (et nous qui avons des problèmes à gérer le français et l’anglais !) et ça parait compliqué. On fait mention de temps en temps d’un accord de libre-échange, l’AECG, ou le CETA en anglais (et en italien, espagnol, allemand, etc..) mais on n’est pas très sûr que ça fonctionne vraiment. Les Belges le critiquent régulièrement (les Wallons, pas les Flamands), les Italiens aussi, surtout l’extrême droite, qui veut empêcher les producteurs de pâtes italiens d’importer du blé durum canadien, leur matière première habituelle, et les forcer à utiliser du blé italien. Et puis il y a la France, ou les députés ont approuvé l’AECG, mais ou les sénateurs, entre deux repas bien arrosés, l’ont rejeté. Alors, quoi en penser ? Et que dire du Royaume Uni (United Kingdom), qui a quitté l’Union européenne avec le Brexit.

Quant au Partenariat Transpacifique (PTP), qui serait progressiste et global, comme son nom l’indique (!), et qui nous ouvre les portes de 11 pays du Pacifique, ça parait très loin, exotique, et pas mal compliqué. Surtout que certains pays du Pacifique, qui font partie du PTP, on aussi des Accords séparés avec nous (Mexique, Chili, Pérou) et que le Canada négocie également avec une entité qui regroupe également 11 pays, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ou ANASE, parfois mieux connue sous l’acronyme anglais d’ASEAN (Association of South East Asian Nations). Certains de ces pays font partie du PTP mais d’autres pas. Par exemple, nous venons de négocier une entente avec l’Indonésie, qui ne fait pas partie du PTP mais qui est membre de l’ANASE. Alors, comment s’y retrouver ? Avec de la patience. Et il faut être bien entouré, nous faire aider par des spécialistes, pour rester au fait de ce qui se passe dans notre monde globalisé et des opportunités qui se presentent.

Et comme ces Accords de libre-échange sont la clé de notre croissance et de nos succès à l’international, nous n’avons pas d’autre choix que de nous y intéresser de près, pour en profiter pleinement, autant que possible, afin de diversifier nos marchés et moins dépendre du marché Américain. Rappelons que l’avantage principal de ces Accords est que nos produits entrent dans ces pays en franchise de douane (sans tarifs), ce qui les rends plus compétitifs. Et réalisons aussi que ça fonctionne dans les deux sens : si nous nous approvisionnons en matières premières, composantes ou pièces dans ces pays, ils entrent en franchise de douane au Canada, donc ils seront peut-être plus avantageux que des intrants que nous achèterions, par exemple, en Chine et qui paient des droits de douane à leur entrée au Canada.

Avant de conclure cet article (on ne veut pas qu’il soit trop long !) mentionnons deux choses importantes : se prévaloir du traitement tarifaire préférentiel d’un ALE, n’est ni obligatoire, ni automatique. C’est d’abord un choix, puis si on fait ce choix, il faut être certain que nos produits rencontrent les règles d’origine de l’Accord, et être en mesure de le prouver à tout moment, avec la documentation afférente.

Et pour terminer, même si tout ça peut paraître compliqué au départ, certains points de détail viennent nous simplifier la vie : par exemple, si vous exportez un produit dans un des 27 pays de l’Union européenne qui nécessite une certification CE, savez-vous que certains pays qui ne font pas partie de l’UE, comme la Suisse, la Norvège ou la Turquie, utilisent aussi les normes CE ? Une démarche en moins pour nous !

Bien comprendre comment tout ça fonctionne, c’est un excellent investissement pour nos PME. On pense parfois que les grosses multinationales sont avantagées par rapport à nous mais c’est le contraire. Les multinationales ont des investissements mondiaux et des chaînes d’approvisionnement longues et complexes. Une PME va forcément avoir une chaîne d’approvisionnement plus courte, donc plus agile. Elle pourra s’adapter plus facilement et plus rapidement aux changements. Alors investir du temps et des ressources dans la compréhension de nos Accords de libre-échange, ça vaut la peine !

© Christian Sivière Juillet 2026

      Article suivant >